Périgrinations d'une prof de FLE
27 Juillet 2014
Alors du coup, à l’INFREP, qu’est-ce que je fais ?
Depuis que j’y suis arrivée, j’interviens sur trois dispositifs différents.
Le premier et plus important (en tout cas pour moi) : le dispositif OFII. Il se trouve que l’INFREP de Paris est mandaté par la société COALLIA pour effectuer des parcours de formation de niveau A1.1 à A1 (parfois même on monte au A2, mais là c’est rare !) et ce à destination de publics étrangers envoyés par paquets mais surtout par l’Office Français de l’Immigration et de de l’Intégration. Ces formations linguistiques se font dans le cadre de leur Contrat d’Accueil et d’Intégration (le CAI), ou hors CAI lorsqu’ils sont réfugiés ou encore dans le cas de personnes vivant en France depuis plusieurs années qui doivent renouveler leur titre de séjour mais n’ont jamais été scolarisé.
Ce dispositif, malgré son grand intérêt au niveau de l’interculturalité (jusqu’à 15 nationalités différentes dans une seule salle !) revêt tout de même une sacrée difficulté : l’hétérogénéité des groupes. Même sans avoir été formé spécifiquement en pédagogie différenciée, il n’est jamais bien difficile de s’adapter à de légères disparités de niveaux…Oui, enfin quand on a d’un côté des personnes qui ont fait des études, sont super scolaires et avancent vite (même si on s’ennuie un peu), et de l’autre des gens très motivés mais qui n’ont jamais appris à tenir un stylo ou à apprendre quoi que ce fut, bah là ça devient sportif ! Ainsi, j’expliquais un beau matin à la partie francophone de mon groupe que nous allions travailler sur le son [k] et qu’ils devraient donc compter le nombre de fois où ils entendraient le son [k] dans le mot « coquelicot » (vous l’aurez sans doute reconnue, à condition d’être instituteur ou proche de votre enfance, la méthode Boscher, le retour !). C’est alors que M. K. me demanda d’un air à la fois éthéré et paniqué (si, si, c’est possible !) :
Mais ?! Mais qui va me parler ?!
Je vous jure qu’à ce moment précis, entre le fou rire et l’atterrement le plus total, je sentais venir l’apoplexie. Surtout qu’à côté, j’avais une « professor arabic » scotchée à l’appli « dictionnaire électronique » de son portable, qui me demanda de façon parfaitement inopinée pourquoi après la locution « il n’y a pas », le partitif « de » ne tient pas compte du genre du nom commun qui le suit… Et c’est comme ça 20h par semaine : 4h de show chaque matin !!